Gros Plan est ma newsletter : elle se veut un mélange entre l'exercice du blog et de la veille sur les sujets qui m'animent : grossophobie, féminisme, et luttes sociales. Chaque semaine, vous recevrez donc un texte qui mélangera des réflexions intimes, un partage de mon savoir expérientiel de personne grosse, queer et usagère de la psychiatrie, mais aussi des réactions à l'actualité, des recommandations et autres contenu merveilleux. En vous abonnant, vous soutenez aussi mon travail depuis 15 ans et vous me donnez un peu de force pour continuer !
On nous apprend à réparer, à dépasser, à transformer chaque blessure en leçon. Mais parfois, il ne s’agit ni de guérir ni d’expliquer. Juste de reconnaître ce qui reste, ce qui circule encore, comme dans une maison mal isolée où l’on apprend à vivre autrement.
Il suffit d’un mot pour sentir remonter l’odeur ancienne du pouvoir : lourde, collante, intacte. On voudrait la transformer en slogan, la détourner, la porter fièrement. Moi non. Certaines saletés, je préfère les laisser tomber au sol plutôt que les vêtir.
Longtemps, j’ai cru que la discipline était une langue étrangère, celle des gens sérieux, rangés, adultes. Je la voyais comme une camisole sociale, un boyau trop étroit pour mes élans. Et pourtant, quelque chose en moi réclame du cadre.
On ne sait jamais quand une vie bascule, mais on peut parfois repérer le moment où elle recommence. Pour moi, ça s’est aussi joué autour d’un café boulevard Sébastopol, quand une certaine SML m'a posé les bonnes questions. La boucle, la vie, l'éternel recommencement, et toutes ces conneries.
Certains disent que c’est mieux qu’avant. Mais la violence, elle, ne recule pas. Elle change juste de planque. Comme les cafards, elle survit à tout, sauf peut-être à la lumière.
Il y a des gestes qui reviennent sans prévenir. Le corps se souvient de ce qu’il a appris avant la tête, comme si la mémoire passait d’abord par la peau. Ce jour-là, en Bretagne, c’est l’eau qui m’a rappelée à une autre partie de moi.
Devant la boutique Shein du BHV, une foule fait la queue pendant que les militant.e.s hurlent dehors. La planète brûle, les femmes qui cousent nos vêtements crèvent, et pourtant la tentation reste là. Parce que quand t’es pauvre ou grosse, la mode t’a toujours laissé dehors. Et qu’à défaut de pouvoir changer le monde, on essaye juste d’y ressembler
J’ai encore eu le covid. Et cette fois, j’ai eu plus mal à ma culpabilité qu’à ma gorge. Je me débats entre ma peur d’être contaminée et ma peur d’être jugée, entre mon envie de protéger et ma fatigue de le faire seule.
Un billet un peu chiant (et en retard) cette semaine. Pas de grandes envolées, pas d’introspection poétique, pas de souvenirs d’enfance. Juste un sujet qui me tient au corps : la pair-aidance. Ce mot qu’on entend de plus en plus, qu’on brandit parfois comme un slogan, alors qu’il parle avant tout de soin, de dignité, de résistance.
On raconte que les romances queers font vendre, qu’elles attirent, qu’elles sont tendance. J’ai eu envie d’essayer d’en écrire une, sans mode d’emploi, sans promesse d’idylle. Une fiction pour tester. J'ai emprunté le titre, bien sûr. Et si vous voulez le milieu et la suite, éditez-moi.
Le temps des fêtes revient, chaque rentrée, chaque année. Douceur sucrée des pommes plongées dans le miel, douleur sourde des silences et des bilans. C’est un vide qui se répète chaque année, et je ne sais jamais : est-il creux ou plein, manque ou promesse ?
Piscine municipale, royaume du chlore et des illusions d’égalité. On y croise de tout : des cracheurs impunis, des Jean-Michel Papillon en liberté surveillée, et des regards poisseux qui s’accrochent aux corps comme du calcaire aux carreaux bleus. Petit inventaire des figures masculines qui gâchent mes longueurs.
J’ai traîné mon angoisse tout l’été, comme un passager clandestin. Mais j’ai aussi gardé la beauté des forêts, la rage des luttes, la force des films. À la rentrée, il reste ce feu sous la peau : fragile, mais vivant. On se retrouve le 10 et le 18 septembre dans la rue ?
Il y a des enfants qui rêvent de devenir astronautes, d’autres qui s’imaginent dauphins. Moi, je voulais descendre au fond. Loin du monde, loin des séparations. Ce n’est pas que je voulais mourir, juste retourner au fond. Et surtout, qu’on vienne me chercher.