L’appartement de ma grand-mère va être vendu. L’appartement dans lequel ma femme et moi vivons va être vendu. L’appartement qui m’a vue découper des dizaines de boîtes de biscottes pour en faire des immeubles pour poupées en papier va être vendu. La cuisine en formica blanc, dans laquelle ma toute petite Mamé me préparait des délices de vieille dame comme du poisson aux câpres ou des poireaux vinaigrette, va être détruite. Des ouvriers vont arracher les placards, découper le carrelage, repeindre la laque blanche choisie il y a 50 ans par une femme qui venait de perdre son mari—mon grand-père—une petite dame un peu sèche qui venait s’installer à Paris.
Ils ne sauront pas qu’elle rangeait sa collection de romans noirs dans l’étagère des toilettes. Ils ne devineront pas le tiroir secret de son armoire, celui où elle cachait ses billets et ses bijoux. Ils ne sentiront pas l’odeur si particulière de mon enfance, ce mélange de Chanel n°5, de voiture neuve et d’oignons qui finissent de cuire. Une odeur qui persiste malgré la mort, malgré l’absence.
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