Alors voilà, le roman est sorti, peut-être qu’il attend sagement, chez vous, dans une pile d’autres livres, peut-être que vous l’avez oublié au fond d’un sac, peut-être que vous ne l’avez pas acheté, peut-être même que vous l’avez aimé. Moi, j’ai attendu ce 19 août comme un Noël, comme la première fois, comme une clope après un examen, avec fébrilité, avec joie, avec une urgence un peu folle. Je ne sais pas ce que je m’imaginais de ce fameux jour de sortie, je crois que je rêvais une genre de grande messe où tous.tes les libraires de France se coordonnent pour poser mon précieux recueil sur leurs tables à une heure donnée. Mon éditrice m’avait prévenue pourtant, ne va pas vérifier, laisse leur le temps, mais j’ai désobéi bien sûr, et Tuer le vieux patientait encore dans les cartons lorsque je me suis pressée pour le voir en rayon. Je suis allée en librairie ce jour-là aussi, et j’ai fait l’expérience pendant quelques minutes d’une communion avec celleux qui eux aussi, jouaient un petit morceau de leur vie ou de leur ego ce jour-là, les primo et les ancien.ne.s, tous un peu verdâtres de stress, tous.tes un peu tremblant.e.s.
Et maintenant il est là. Vraiment là. Et ce qui me surprend le plus, c’est que je n’ai presque plus peur.
J’ai d’abord écrit que tout allait bien, que tout se passait bien, et puis j’ai flippé. Alors je me corrige, pour ne pas me porter l’oeil.
Je ne m’y attendais pas tellement. J’imagine toujours le pire, c’est mon mécanisme par défaut. J’avais imaginé la sortie comme le début d’une nouvelle période d’angoisse : est-ce qu’il va être lu ? est-ce qu’il va être aimé ? est-ce qu’on va en parler ? est-ce qu’on va m’oublier immédiatement ? Est-ce que j’ai écrit quelque chose qui mérite d’être là, posé sur une table, dans une librairie, dans les mains de quelqu’un qui ne me connaît pas ? Rassurez-vous, je me vis toujours majoritairement comme une arnaque, le Marco Mouly de la page blanche. J’ai parfois la sensation que je n’ai pas écrit mon livre, quand j’entends d’autres en parler. J’oublie des passages entiers. Je dissocie, comme d’hab.
Je parle beaucoup de ce qu’il m’arrive. A ma femme, à mes ami.e.s, à mes collègues. J’ai l’impression de prendre toute la place, pour pas grand chose. Je réussis à culpabiliser, on ne change pas une équipe qui gagne, mes neurones se foutent de ma gueule en boucle. C’est ma grande aventure, et pourtant, je ne traverse pas la Manche à la nage, j’opére pas à coeur ouvert. J’ai encore besoin de chercher la fierté dans les yeux de mes proches, de me rassurer. Je dois être si chiant.
Depuis que le livre est sorti, pourtant, quelque chose s’est desserré autour de ma gorge.
Peut-être parce que pendant des années j’ai vécu avec cette drôle de phobie qui consiste à avoir peur de ce qu’on pense de moi. A avoir l’impression de renvoyer l’image d’un monstre, d’une ogresse. Cette peur est devenue un objet. Elle a une couverture, un dos, un prix, un code-barres. Il peut être posé sur une table et refermé. Il peut être aimé sans que je sois aimée. Il peut être détesté sans que je sois détestée. Il peut vivre sans moi. Et puis il y a tous les morceaux de moi que je déguise dans l’histoire de mon héroïne. Ceux là aussi, je les laisse sur la table. Je les abandonne. Enough.
Et puis, évidemment, je suis déjà en train de penser aux livres que je voudrais écrire après celui-là. Incapable de profiter tranquillement de celui qui vient de sortir, il faut que mon cerveau me fabrique immédiatement un nouveau truc à attendre. J’ai passé des années à vouloir que Tuer le vieux existe, et maintenant qu’il est né, le divin enfant, je suis déjà en train de me demander ce que je vais bien pouvoir faire après. Comme si la satisfaction était un état beaucoup trop dangereux pour être maintenu plus de cinq minutes. Je pourrais me dire : regarde, il est là, il est beau, kiffe, tu l’as fait, laisse-toi tranquille. Mais non. Je prends à peine le temps de regarder le livre que je suis déjà en train d’ouvrir un nouveau fichier dans ma tête. Qui sont tous nuls. Bien-sûr. J’ai envie de m’arracher les cheveux d’être si prévisibles.
Si vous avez lu Tuer le vieux, si vous avez envie de me dire ce que vous en avez pensé, ce qui vous a touché, agacé, fait rire ou même laissé complètement indifférent, ça me ferait plaisir d’avoir vos retours. J’ai passé tellement de temps seule avec ce texte que l’idée qu’il puisse désormais provoquer quelque chose chez d’autres personnes me paraît encore un peu vertigineuse.
Et j’ai surtout envie de vous croiser.
Le lancement aura lieu le 15 septembre à 19h30 chez Violette and Co, à Paris, mais ce ne sera évidemment pas le seul endroit où nous pourrons nous voir. Il y aura des festivals, des rencontres, des librairies, des discussions et probablement quelques occasions de boire des verres après. Je vous donne les dates ci-dessous, et puis au fur et à mesure sur Instagram, et j’espère que certaines et certains d’entre vous seront là.
Promis, le prochain billet parlera d’autre chose.
On se voit ?
Morges - Festival Le Livre sur les Quais 4-6 septembre
Nancy - Festival Livre sur la Place 11-13 septembre
Lancement parisien – Librairie Violette & Co Mardi 15 septembre à 19h30
Besançon - Festival Livres dans la Boucle 18-20 septembre
Montreuil - Rencontre à la Librairie Libertalia Mercredi 23 septembre à 19h30
Manosque - Festival Les Correspondances 25-27 septembre
Paris - Maison de la Poésie Lundi 28 septembre à 20h30 (c’est complet)
Strasbourg - Rencontre à la Librairie Kléber Jeudi 1e octobre à 18h
Lyon - Rencontre à la Librairie Adrienne Lundi 5 octobre à 18h30
Pérenchies - Rencontre à la Librairie Une belle histoire Mercredi 14 octobre à 19h00
Paris - Rencontre à la Librairie Un livre une tasse de thé Mardi 20 octobre
Tours - Rencontre à la La Boîte à livres Jeudi 12 novembre à 18h45
Pont-Aven - Rencontre à la Boucan Café Vendredi 4 décembre
Lorient - Rencontre à la librairie Au vent des mots Samedi 5 décembre à 18h00
