Sortir en soirée, moi je ne le fais plus, ca me fatigue d’avance, de rencontrer trop de monde et de devoir faire semblant de m’intéresser aux élucubrations alcoolisées d’ami‧e‧s d’ami‧e‧s tout juste présenté‧e‧s. Je ne veux plus jamais me demander comment je rentre, galérer sur un vélib cassé ou attendre le premier métro, je ne veux plus sentir la cigarette, je ne veux plus jamais oublier des pans entiers de mon existence à cause d’un mauvais poppers dégoté à l’épicerie de nuit parce que, tu comprends, il fallait bien s’amuser. Tout me paraît pénible, du choix de l’endroit à celui de ma tenue, des mecs qui touchent mes seins parce qu’ils sont PDs, détends toi ma grande je veux pas te sauter, du coca pression vendu 8 euros les 25cl dans cette cave à lesbiennes trop bronzées du Marais. La nuit c’est fait pour rêver, c’est précieux, tu t’en rends compte quand ca t’arrive plus jamais.
Plus je vieillis, plus je prends ma forme finale, celle d’un gros chien misanthrope, un gros golden retriever bien gras et bien poilu qui marque de tout son poids les coussins du canapé, qui n’aime pas trop les humains, sauf certain‧e‧s, ses humain‧e‧s. Plus que le goût du confort, j’ai celui d’un foyer au sens élargi, la notion de « home » en anglais qui n’est pas une « house », qui se matérialise physiquement dans le bric-a-vrac des livres emmêlés de plantes de ma bibliothèque, dans le tiroir rempli de thés que je ne bois jamais, dans les amitiés solides et joyeuses que j’ai plaisir à réunir autour d’une raclette en plein été. J’aime traîner en terrasse avec mon épouse, sans ouvrir la bouche nous discutons, un sourcil levé, un claquement de langue, elle me connaît et me devine, j’aime les longues soirées à errer dans Paris à vélo, j’aime gagner aux jeux de société, j’aime les potins sur des gens croisés une seule fois, ces inconnu‧e‧s dont je connais tout, mais non, ‘sortir en soirée’, je n’aime plus ca.
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